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LE must alimentaire, volume 4 numéro 2, 2009

Quand les aliments font peur

PAR SOPHIE LACHAPELLE AVEC LA COLLABORATION DE JOSÉE GUÉRIN, B.SC., DT. P., NUTRITIONNISTE ET PSYCHOTHÉRAPEUTE


Charlotte ne peut avaler une bouchée de pain? Alice a horreur des tomates? Charles-Antoine ne peut pas voir de viande dans son assiette? Et s’il s’agissait d’autre chose que de simples caprices?

Quand Julien a atteint l’âge de 6 mois, Stéphanie, comme toutes les mamans, a commencé à lui donner des purées de fruits et légumes. Mais le petit a fait la grimace. Yeurk! En mère responsable, Stéphanie a persisté dans ses tentatives, camouflant les fruits et légumes dans
d’autres aliments, usant tantôt de douceur, tantôt de fermeté. Rien n’y fit. Vers l’âge de trois ans, le petit Julien, avait développé une aversion profonde et refusait de manger tout fruit ou légume à moins qu’il ne soit en purée… et encore. « Il ne pouvait même pas manger les aliments qui avaient été en contact avec des fruits et légumes », dit Stéphanie. L’heure des repas était devenue une séance interminable de pleurs et de négociations.

Capricieux le petit Julien? Despote? Non, phobique. Ce dernier est en effet victime d’un rare trouble psychologique appelé phobie alimentaire. Il s’agit d’une peur non raisonnée qui est déclenchée par certains aliments qui en eux-mêmes ne présentent aucun danger, mais dont la confrontation est source d’une réaction intense d’angoisse pour le sujet. « À la différence des caprices, dans la phobie, on
sent la peur qui s’installe, explique Josée Guérin, nutritionniste et psychothérapeute. Et les réactions sont récurrentes d’un repas à l'autre.»

La phobie alimentaire peut évidemment avoir des conséquences notables sur les apports nutritifs. On peut y remédier partiellement avec des suppléments nutritionnels. Mais cette affliction entraîne aussi des conséquences fâcheuses sur les rapports sociaux. «Les gens nous jugent, c’est sûr. Ils pensent que nous manquons de fermeté, dit Stéphanie. Sans parler des complications que cela crée. Il faut toujours
aviser les gens chez qui nous mangeons, trouver des solutions de re change, etc.»

DIFFÉRENTES APPROCHES POUR MIEUX RÉUSSIR

L’une des avenues est bien entendu la psychothérapie. C’est la solution vers laquelle les parents de Julien se sont tournés il y a trois ans. «Quand nous avons parlé de l’emmener en thérapie la première fois, nous avons perçu un énorme soulagement dans ses yeux, dit Stéphanie. Enfin, nous comprenions que c’était sérieux.»

En thérapie, les psychologues travaillent à différents niveaux, en utilisant par exemple l’approche cognitivo-comportemen tale. D’une part, un psychologue peut tenter, avec l’enfant et les parents, d’identifier une association mentale négative avec l’aliment. Celui-ci pourrait avoir été introduit dans une période de grand stress, comme la disparition d’un parent. Il faut alors tenter de distinguer la situation présente, qui est sans danger, de la situation initiale qui a causé l’association. Reprogrammer le patient en quelque sorte.

PETIT À PETIT…

Les approches comportementales, axées sur la désensibilisation, sont aussi d’une aide précieuse, surtout dans les cas, où, comme cela s’est avéré pour Julien, on ne parvient pas à identifier un traumatisme précis. Il s’agit alors de mettre la personne graduellement en contact avec l’élément qui déclenche la phobie, toujours dans un contexte sécuritaire et raisonné et en allant, chaque fois, un peu plus loin dans la démarche. Dans le cas de Julien, l’un des exercices consistait à aller faire l’épicerie en compagnie de sa mère et à déposer des fruits et légumes dans le panier (il craignait même de les toucher!). Puis, graduellement, en séance de travail, on l’a encouragé à goûter des tout petits morceaux de fruits ou légumes.

L’intervention d’une ergothérapeute s’est aussi avérée nécessaire. Celle-ci a constaté que Julien avait une hypersensibilité buccale. Afin de provoquer une désensibilisation physiolo gique, il a brossé régulièrement l'intérieur de sa bouche avec une petite brosse douce.

Selon Josée Guérin, il y a autant d'approches thérapeutiques qu’il y a de patients. «Les causes d’une phobie alimentaire peuvent être multiples et il n’y a pas une seule manière de traiter les cas, il faut savoir s’adapter», dit-elle.

«JE VEUX RÉGLER MON PROBLÈME»

La motivation est un élément clé de la réussite. À ce chapitre, l’âge est un élément décisif. À dix ans, Julien a la maturité nécessaire pour s’impliquer. « Il a sa propre vie sociale maintenant et il subit les impacts de son aversion, dit Stéphanie. Alors, il veut vraiment que ça change.»

Et ça marche. Après toutes ces années de pleurs, de tourments et de discussions à n’en plus finir, Julien commence enfin à connaître de petites victoires… Il mange maintenant cinq tranches de banane le matin. Et le melon s’est même ajouté au menu du soir. Il y a de l’espoir !

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