La triple médaillée olympique et chef de la mission canadienne à Vancouver est également maman de deux fillettes. L’athlète, accro de performance, conjugue carrière et vie de famille tout en maintenant le cap sur l’activité physique et la saine alimentation.
Rien ne prédestinait Nathalie Lambert à une carrière olympique. Rien, sauf, peut-être, dans un coin de son cerveau, une détermination et un sens de la résilience à toute épreuve. Ses parents, qui possédaient une biscuiterie et logeaient des chambreurs, élevaient trois filles, rue Cartier, à l’angle de Marie-Anne, juste en face de l’aréna Mont-Royal, l’un de ceux construits dans la foulée des Jeux olympiques de 1976.
C’est là que la fillette de 12 ans a donné, en toute innocence, ses premiers coups de patin.
La Nathalie de l’époque n’épousait en rien le profil des sportives d’élite.
« J’étais forte, endurante, résistante, se souvient-elle, mais je n’intégrais pas facilement la technique. Comme bien des ados, je cherchais un lieu d’appartenance, un port d’attache. J’aimais aussi voir du pays. Lorsque apparaissaient les mots Matane, Baie Comeau ou Rivière-du-Loup au tableau, je trippais. Je suis d’abord restée pour appartenir à un groupe, pour me sentir acceptée, pour répondre à un besoin de reconnaissance, et parce que, comme bien des adolescentes, à défaut de me trouver belle, j’essayais d’être bonne !» Nathalie Lambert embarque doucement dans une logique où elle devient dure envers elle-même.
«Malgré les blessures inhérentes à l’entraînement, je n’avais qu’une idée en tête: devenir meilleure. La meilleure.» Faire la paix avec ce mantra sera le travail d'une vie.
Elle a environ 15 ans lorsqu’elle fait la rencontre d'Yves Nadeau, qui deviendra son entraîneur pendant la majeure partie de sa carrière. Nathalie détestait perdre et son entraîneur l’avait saisi.
«Bien avant la performance, se souvient Nathalie, les valeurs importantes aux yeux de cet homme tenaient de l’effort, de l’assiduité, de la persévérance et de l’investissement. Sans lui, je ne pense pas que je serais devenue l’athlète que l’on a connue. Malgré le fait que j’étais beaucoup moins performante que les autres, il m’a encouragée à travailler
d’arrache-pied et à me tracer un chemin jusqu’au sommet.» Nathalie se souvient du regard que son coach posait sur elle.
« Son non verbal faisait en sorte que j’y croyais… quand même.» Quand même… le manque de talent qui aurait fait dire à n’importe qui d’oublier les cinq anneaux magiques!
«J’avais toutefois une tête de cochon et j’ai sans doute travaillé plus fort que tout le monde », ajoute-t-elle du même souffle.
LE RÊVE OLYMPIQUE
Nathalie pousse la machine pendant près d’une dizaine d’années avant d'avouer ouvertement qu’elle rêve de faire les Jeux olympiques.
« Le jour où j’ai compris à quel point j’y tenais, c’est le jour où je ne me suis pas classée », avoue la patineuse de vitesse. Dans les faits, nous sommes en 1984. L’athlète de 21 ans fait partie de l’équipe nationale depuis peu mais quand vient le temps de se qualifier pour Sarajevo, elle ne rencontre pas les standards. À la télé, elle assiste aux performances de ses coéquipiers, nommément à la triple victoire de Gaétan Boucher.
« Bien sûr que j’ai pleuré dans mon salon. Mais je me suis répété que j’allais travailler plus fort. Cette année-là, les Jeux, je me les étais promis ! »
L’histoire fera d’elle une triple médaillée olympique en patinage de vitesse courte piste et un membre du Temple de la renommée olympique du Canada. Nathalie est également l’une des rares privilégiées à avoir porté la flamme olympique trois fois en carrière.
«C’est un moment magique pour la bonne raison qu’on ressent l’effervescence des Jeux sans la pression de devoir livrer une performance.» Elle se souvient avec une émotion particulière de la première fois.
« J’étais invitée par la Fédération internationale au congrès du Centenaire du comité olympique international. Des représentants de chaque sport s’y trouvaient, dont moi, en courte piste. Pour l’occasion, la flamme déviait de son parcours pour se rendre à Paris, et j’allais mettre la main sur l’une des 12,000 copies du fameux flambeau. Je l’ai promené sur le bord de la Seine, dans les rues de Paris, c’est inoubliable. » Mais son meilleur souvenir est de loin le dernier flambeau porté dans les rues de Montréal, sa ville, sous le regard impressionné de ses deux fillettes.
« Je pense qu’à 6 et 8 ans, elles ont pour la première fois pris conscience du symbole olympique. Ça m’a rendue très fière», avoue la maman.
UNE FEUILLE DE ROUTE IMPRESSIONNANTE
L’athlète de 46 ans a participé pour la première fois aux Jeux olympiques de Calgary, en 1988. Le patinage de vitesse courte piste était alors
présenté comme sport de démonstration, et Nathalie et ses coéquipières avaient terminé troisièmes à l'épreuve féminine du relais 3000 mètres. Quatre ans plus tard, elle a décroché la médaille d’or au relais féminin avec ses coéquipières Sylvie Daigle, Angela Cutrone et Annie Perreault, à Albertville, en 1992. Elle a eu l’honneur de porter le drapeau canadien à la cérémonie de clôture des Jeux. Cette performance a été suivie par deux médailles d’argent aux Jeux de 1994 à Lillehammer. Outre son succès olympique, l’athlète a remporté plusieurs titres mondiaux tout en établissant des records du monde dans plusieurs épreuves. Elle a été intronisée au Panthéon des sports du Québec en 2001 et au Panthéon des sports canadiens en 2002. Après sa carrière sportive – elle s’est cassé la cheville en 1998 – elle est entrée au service du Club Sportif MAA à Montréal, où elle oeuvre à titre de directrice des communications et du marketing depuis 10 ans.
DANS L'ASSIETTE D'UNE ATHLÈTE
Toute sa vie, Nathalie Lambert a surveillé deux ennemis: la carence alimentaire, et le surpoids. Elle observe que ce sont des problèmes majeurs dans nos vies modernes.
«Depuis que j’ai des enfants, je suis encore plus sensibilisée à l’idée de manger «santé» et de bouger»,
note-t-elle. Devenue la maman d'Ann-Li, 8 ans et de Yan Mei, 6 ans, Nathalie demeure alerte. Elle et son conjoint, Daniel Gaudette, sont notamment formés en éducation physique. L’hygiène de vie demeure donc très importante chez les Lambert - Gaudette.
«Je trouve dramatique d’observer qu’on ne donne pratiquement plus de cours d’éducation physique à l’école, et qu'il y a de moins en moins de sport organisé. Les boîtes à lunch sont pleines de calories vides. La saine alimentation et la dépense énergétique ne font pas partie de la vie de beaucoup d’enfants. Or, si on ne développe pas sa charpente et sa musculature avant l’âge adulte, le summum possible ne sera jamais atteint et ce, pour le reste de sa vie », insiste-telle.
« Si les parents n'incitent pas leurs enfants à bouger, on va créer des générations de «Morons-Moteurs» qui auront peu ou pas d’aptitudes pour le sport.» Elle me rappelle avec insistance qu’il devient très difficile d’apprendre
à bouger une fois l’âge adulte atteint.
«Je vois des jeunes de 20 ans qui traînent des surplus de poids. C’est tragique ! Avant l’âge de 15 ans, un enfant doit avoir appris à nager, et avoir développé sa coordination oeil - main - objet. C’est une période clé car tout se joue avant l’âge adulte. On n’a pas besoin de dépenser des fortunes en sport organisé ! Un simple jeu au parc peut permettre à nos enfants d'avoir un contact avec la notion spatio-temporelle. Il importe qu’un enfant se mette la tête en bas, question de voir le monde sous une autre perspective.»
Nathalie Lambert croit également en la saine alimentation, bien qu’elle n’en fait pas une religion. Mais elle ne verse pas dans le junk food pour autant. Issue de la génération «viande, patates, légumes», elle a su, avec le temps, passer à autre chose.
« Mon sport m’a permis de
voyager dans le monde entier, alors je suis très sensible à la cuisine ethnique. On aime particulièrement la bouffe asiatique, et ça n’a rien à voir avec les origines chinoises de nos deux filles ! C’est bon, c’est coloré, et ça s'apprête dans un seul chaudron! Il y a toujours plein de légumes, de protéines, c’est assez complet. Ce genre de repas contient souvent une quantité élevée de sucre et de sel, mais chez nous, on dépense beaucoup de calories – ses filles font 10 heures de gym par semaine! – Alors je m’en fais un peu moins. Je ne suis pas le pape de la saine alimentation. Mais je tiens religieusement à ce que mes filles mangent de tout ! Plus il y a de couleurs dans l’assiette, mieux on se porte! Nous mangeons santé, mais nous avons aussi droit aux écarts ! Notre but, en fin de compte, c’est l’équilibre. Je n’élève pas des athlètes; j’élève des enfants. Pour mes filles, je ne suis pas une performante, je suis une maman ! Ce qui veut dire qu’on mange des mets préparés, ou même des chips, de temps en temps…»
DANS LE CORPS D'UNE ATHLÈTE
Alors qu’elle pratiquait encore le patinage de vitesse au niveau compétitif, on a diagnostiqué chez elle de l’arthrose et de l’arthrite aux genoux. À sa retraite, Nathalie est devenue porte-parole de la Société d’arthrite du Québec. Sa passion sportive se manifeste désormais autrement que sur des patins. Elle a notamment écrit, en 2006,
«Le plaisir de bouger », un livre sur les bienfaits de la bonne forme et de l’activité physique et a produit six DVD d’exercices physiques de danse cardio. Bouger avec des restrictions articulaires lui est familier. Cette dégénérescence découle de l’usure, ce qui fait poser à l’athlète un constat surprenant.
« Je pense que les trois dernières années étaient de trop. J’aurais dû m’arrêter en 1994. Les Championnats du monde, la médaille d’or au relais et la médaille du 1000 mètres étaient-ils nécessaires ? Sans doute pas. Mais je m’accrochais. Finalement, je me suis cassé la cheville trois semaines avant les Jeux de 1998. Mon corps ne pouvait s'exprimer plus clairement ! »
Son entourage chuchote que la belle Nathalie est une entêtée de premier ordre. C’est ce qui a fait son succès; c’est aussi ce qui l’a gardée accrochée pendant 15 ans. La principale intéressée sait à quel point il est insécurisant pour un athlète de mettre fin à sa carrière.
«C’est 15 ans de ta vie, c’est tout ce que tu as connu et soudain, tu dois te lancer dans le vide à un âge où les autres ont fait le saut, sont alignés dans leur vie et savent où ils vont. En plus, j’étais performante, non seulement sur piste, mais aussi lors des entraînements. Dans la vraie vie, il y a rarement une main posée sur ton épaule pour te féliciter quotidiennement. Il me fallait apprendre à vivre sans des bravos lancés à tous mes bons coups! »
DANS LA TÊTE D'UNE ATHLÈTE
La passion sportive de Nathalie Lambert se manifeste également dans ses conférences de motivation. À ce jour, Nathalie en a prononcé quelque 600. Les Sylvie Fréchette, Mark Pillsbury, Bernard Voyer et Cora Tsouflidou ont été ses inspirations. Elle a étudié leur manière de moduler leurs conférences pour améliorer les siennes.
« Je suis rendue pas mal bonne», lance-t-elle en souriant, consciente que la Miss Performance en elle n’est pas tout à fait à bout de souffle. Marie-Annick Lalande, de l’équipe de rédaction du magazine Coup de Pouce, l’a entendue en conférence de motivation, l’automne dernier.
«À titre d’athlète olympique, note la jeune femme, elle a réussi à passer son message en donnant la possibilité à chacun de se sentir concerné. De la bouche d’une personne qui a réalisé des choses exceptionnelles, il est probable que les exemples s’appliquent difficilement à des objectifs plus «ordinaires.» Après tout, on ne veut pas tous grimper l’Everest. Or, avec elle, on sent que l’atteinte d’un rêve, quel qu’il soit, tient de la réalisation de minivictoires, acquises une par une, au fil des jours.»
Pour l’athlète, une soirée étendue devant sa télé, à manger des chips Miss Vicky au Jalapanos en écoutant un épisode de C.S.I., pendant que les filles sont couchées, peut aussi tenir de la victoire, car après des années à toujours viser la perfection, il fait bon réaliser qu'on peut se laisser aller.
« Des chips, avec du vin rouge», spécifie-t-elle, consciente que je vais grimacer.
Pour cette spécialiste des « perronismes», qui peut facilement vous conseiller de ne pas mettre tous vos «oeufs» dans le même «bateau» –et elle en rit, le vin rouge et les chips Jalapenos, c’est la «goutte » sur le «sundae»!
«Tout est question d’équilibre », affirme la triple médaillée.
VU DE L'INTÉRIEUR
UNE CHOSE QUE VOUS SOUHAITEZ TRANSMETTRE À VOS FILLES ?
Une vie sans nuage gris au-dessus de leur tête. Je fais tout pour leur transmettre les outils nécessaires pour saisir le bonheur.
UN MOMENT OÙ L'ON VOUS TROUVE AU NEUTRE ?
Je lis énormément de polars et de romans. Après une carrière olympique, la lenteur est une façon de vivre que j'apprivoise.
UNE CHOSE APPRISE RÉCEMMENT ?
Avec la danse, j’ai appris à bouger avec plus d’élégance.
UN CONSTAT, EN DEVENANT MÈRE ?
Mes enfants ont fait de moi un meilleur être humain.
CE DONT VOUS ÊTES PARTICULIÈREMENT FIÈRE À VOTRE PROPRE SUJET ?
Certaines personnes traînent des mensonges, parfois toute une vie, ce qui doit être très lourd à porter. J’ai la liberté de dire que je n’ai pas de squelette dans mon placard.
VOUS AFFIRMEZ QUE VOUS ÊTES DOUÉE POUR LE BONHEUR. À VOS YEUX, À QUOI CELA SE RÉSUME-T-IL ?
À ma capacité à saisir les petits moments magiques, sans courir après des occasions grandioses.
À CE STADE-CI DE VOTRE VIE, QUE VOUS RESTE-T-IL D'ESSENTIEL À ACCOMPLIR?
Surfer doucement sur ce qui est établi. Je suis à cette étape où ce qui m’importe le plus, ainsi qu'à mon conjoint, c’est de bien élever nos enfants. Ils sont au centre de notre univers.